Où habitaient les cadurciens du XIIe au XIVe siècles?
Comment bâtissait-on au moyen-Âge?
Comment fait l'archéologue pour dater une maison?
sommaire
glossaire interactif
précedent
suivant
Inventaire de Cahors : étude des édifices

Un palais du début du XIVe siècle

Cahors comptait au XIVe siècle trois édifices pouvant être qualifiés de palais : le palais de l'Évêque, le palais de Via et le palais Duèze. Ce dernier était le plus grand et sera pris comme exemple pour étudier les particularités de la plus importante des formes d'habitation du Cahors médiéval.

Le palais appartenait à Pierre Duèze, frère du pape élu en 1316 sous le nom de Jean XXII et mort en Avignon en 1336. Des arguments stylistiques permettent de dater l'édifice vers 1300. Dès 1332 le palais était délaissé par le fils de Pierre Duèze, désormais connu comme seigneur de Caraman, et en 1408 les consuls commençaient à le démolir pour employer les pierres à la réparation du pont Neuf. De ce fait, il n'en subsiste aujourd'hui que la tour et d'importants pans de murs, dont la quasi totalité de l'élévation sud, qui permettent de restituer les dispositions principales du bâtiment.

L'imposant édifice occupait plus du double de la superficie de l'hôtel sur la rue de Lastié. Les différents corps de bâtiment s'organisaient en un vaste quadrilatère autour d'une cour centrale. À l'angle nord-ouest s'érigeait une tour carrée haute de plus de trente mètres.

La façade est, sur la grand-rue, a complètement disparu. Elle présentait probablement une série d'arcades dans la continuité de celles des boutique bordant la rue principale. De grandes fenêtres à remplage devaient éclairer l'immense aula de l'étage chauffée par la cheminée monumentale dont le coffre saillant subsiste dans le pignon sud.
Les petits jours et les fenêtres géminées conservées dans les autres façades permettent d'imaginer la fonction des différents corps de bâtiment. Le premier étage de l'aile sud devait être réservé principalement à des pièces de service, alors que le deuxième étage contenait des pièces d'habitation. Les deux étages du corps de bâtiment ouest et quatre étages de la tour, dépourvus de cheminée mais équipés de latrines, étaient entièrement destinés à l'habitation. Par contre, le corps de bâtiment nord, construit en bordure du cimetière de l'église Saint-Barthélemy, sur lequel n'ouvraient que de simples baies rectangulaires, devait surtout être réservé à des communs et des pièces de services.

Le grand degré conduisant à l'aula se trouvait, d'après l'observation des vestiges, dans l'angle nord-est, au revers du corps principal sur rue. Comme la cour mêlait les fonctions d'apparat et de service, il est possible que des écuries aient occupé tout le rez-de-chaussée du corps de bâtiment sud, leur développement étant consideré comme un trait caractéristique du palais.

Le rez-de-chaussée de la tour était couvert d'une voûte d'ogives qui s'apparente à celle du premier niveau de la tour du palais Via. Ce sont là les seules voûtes d’ogives de l’architecture civile de Cahors. La fonction de ces pièces reste incertaine : chapelle, salle du trésor ou encore salle d'archives... Au palais Duèze cette pièce voûtée n'était accessible qu'à partir du corps de bâtiment ouest, ce qui nous indique que ce dernier abritait un espace privilégié dans la hiérarchie architecturale du palais. Il était d'ailleurs ouvert par deux baies géminées et une porte sur un espace nécessairement privé, une seconde cour ou plus probablement un jardin.

(cliquez sur les images pour les faire défiler)
[notice]