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[ Objets des mers du sud]

 

La statue est une pièce de bois monoxyle qui mesure 73 x 18,5 x 14 centimètres. Le dieu Rongo est figuré debout, campé sur ses jambes légèrement fléchies, le torse droit et les bras repliés à angle droit. Il est vêtu d'un pagne constitué d'une ceinture tressée d'où pendent d'étroites bandes de liber, toronnées, pliées (comme gaufrées) et teintes d'un pigment rouge-brun sombre. Le visage est celui d'un jeune homme parfaitement imberbe. Comme dans ses autres représentations, mais avec plus d'élégance peut-être, il se reconnaît à des yeux fermés inscrits dans une ellipse, des sourcils droits, un nez droit et fin aux narines larges et ouvertes, une bouche horizontale et charnue, des oreilles en légère saillie. Le cou paraît lustré. Le buste est juvénile et peu musclé. Les mamelons sont traités en relief et le nombril en creux. Le sexe est circoncis. Les bras, tronconiques, sont détachés du buste. L'avant-bras gauche, fracturé en trois endroits a fait l'objet d'une réparation d’usage par perforation et ligature des éléments. L'avant-bras droit est intact jusqu'au poignet. Les mains ont disparu. Les jambes sont traitées de la même façon que les membres supérieurs. Les pieds sont schématisés par cinq incisions verticales parallèles et leurs plantes présentent des marques de coups1.
Il a donc suffi qu’il se cache pendant près de 170 ans pour que le temps s’efface et qu’on reconnaisse enfin les mains qui l’ont façonné, qui l’ont aimé et avec elles, les Tamanu2, les ivoires marins, les lames de nacre, les herminettes de basalte, les rites, la putréfaction, le fondement. Fils de Tagaroa et de Haumea, Rongo résidait dans le Po avec ses frères Tu, dieu du fruit de l’arbre à pain et Oge, maître des famines et des poissons. Pour nous, Rongo aux yeux de lune, Rongo l’arc-en-ciel à la beauté païenne, danse encore dans l’au-delà, la poitrine gonflée d’air marin, dans les feux de la nuit, sur les rivages du monde. Rongo n’est pas un miracle, c’est un miraculé. Les musées, avec leurs procédures, voudraient en faire une oeuvre. Mais il s’en moque, car il ne croit pas qu’il suffise d’une exposition pour permettre aux enfants de Mangareva de retrouver la substance de ce qui leur a été irrémédiablement confisqué par ignorance, par esprit de supériorité et finalement par bêtise.

1. Nous devons cette première description à Hélène Guiot.
2. L’analyse xylologie effectuée en févier 2001 par Hélène Guiot permit de déterminer que la statue avait été taillée dans un bois de Calophyllum inophyllum (Clusiacées) et que le liber utilisé pour la fabrication du pagne provenait d’Hibiscus tiliaceus (Malvacées) ou de Broussonetia papyrifera (Moracées) ou encore d’Autocarpus altilis (Moracées)

 

albastreLégende : Légende : Rongo. Polynésie française, Îles Gambier, Mangareva - Massue. Mélanésie, Îles Fidji.
Antérieure à 1832. Manche cylindrique gravé à l'extrémité de motifs géométriques (dents de scies séparées par des bandes) se prolongeant par un plan triangulaire et une sorte de feuille de saule recourbée.
Inv. MCHM Ca.5.153.
crédits photos : Nelly Blaya

 

 

                


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